Tricentenaire : dévoilement d’un monument commémoratif

JPEG

A l’occasion des célébrations du tricentenaire de la présence française à Maurice, un monument commémoratif a été dévoilé dimanche 20 septembre 2015, en présence de Sir Anerood JUGNAUTH, Premier ministre de la République de Maurice, de Monsieur Xavier-Luc DUVAL, Vice-Premier ministre, des parlementaires français Alain MARSAUD et Christian-André FRASSA, de Madame Michèle MALIVEL, conseillère consulaire et présidente du Comité du tricentenaire, et de Monsieur Laurent GARNIER, Ambassadeur de France à Maurice.

JPEG

Retrouvez ci-dessous le texte prononcé par Sir Anerood JUGNAUTH à cette occasion.


"Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur de France à Maurice,
Le Deputy Prime Minister, l’honorable Xavier Luc Duval,
Messieurs les honorables ministres et députés
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs

Je suis très heureux de m’adresser à vous en cette occasion solennelle et historique.
En effet, on célèbre en ce jour le tricentenaire de la présence française à Maurice ; 300 ans de relations étroites et intenses fondées sur des valeurs partagées autour d’un respect mutuel entre nos deux républiques, Maurice et la France.
Ces relations historiques débutèrent un 20 Septembre 1715 lorsque, agissant sur ordre du roi Louis XIV, le Capitaine Guillaume Dufresne accosta nos rivages à bord de son navire « le Chasseur ». Il n’est probablement pas anodin que le nom Ile de France fut octroyé à notre île ; c’était un signe déjà de son importance aux yeux de la Couronne française.
La beauté remarquable de l’île va ainsi inspirer Alexandre Dumas qui, en 1843 dans son roman ‘Georges’, écrivait « ….cette terre, c’est la terre promise, c’est la perle de l’océan Indien, c’est l’île de France ».

Ainsi allait être posés en septembre 1715, les premiers jalons de l’Ile Maurice, nation ‘arc-en-ciel’. En effet, le développement du pays s’est construit autour de son peuplement par des hommes et femmes venus d’Europe, d’Afrique et d’Asie.
Des hommes et des femmes qui auront amenés, non seulement leur vigueur et leur enthousiasme, mais aussi leurs cultures et leurs traditions ancestrales.
Aujourd’hui, la France reste profondément ancrée dans le quotidien mauricien au moyen de trois siècles d’histoire et d’un héritage commun qui a grandement façonné l’Ile Maurice et sa population.
La présence lumineuse de la France à Maurice se présente comme une volonté de vivre ensemble, peut-être exemplaire, caractérisée par les principes de liberté, d’égalité et fraternité.
L’attachement à la culture française a largement dépassé les origines ethniques.
En effet, le Mauricien reste très attaché à sa bonne ‘baguette’, à son journal quotidien en français, à la voix d’une Edith Piaf ou encore à la prose d’un Victor Hugo.
Quant au français, il reste une des langues les plus employées à Maurice, tout en étant la base lexicale de notre créole national.
La forte participation aux concours de l’Alliance française et l’engouement que suscite la littérature française témoignent de cet attachement à Maurice pour la langue de Molière et aussi pour tout ce qui touche à la France, destination de prédilection pour nos étudiants de troisième cycle.
Mesdames et Messieurs,
Si la France reste près de nous dans notre façon de vivre, elle le demeure aussi dans la réalité de notre développement.
Au niveau économique, la France est un de nos partenaires les plus importants alors sur le plan diplomatique, Maurice et la France sont plus que jamais unies autours d’intérêts communs.

Il ne faut pas oublier que la République Française fait partie de notre voisinage immédiat à travers la Réunion, l’île soeur.
A ce titre, notre collaboration au niveau de la Commission de l’océan indien est d’une importance stratégique pour Maurice.
Et ici, je me réjouis de l’approfondissement de la coopération avec l’Ile de la Réunion qui, tout en s’inscrivant dans notre stratégie d’intégration régionale, nous permettra de raffermir davantage nos excellents rapports avec l’Hexagone.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Comme le disait si bien le General de Gaulle dans ses ‘Mémoires de Guerre’, « la France ne peut être la France sans la grandeur ».
Cette grandeur se traduit dans sa noblesse. Bien plus qu’un pays, la France est un idéal ; un idéal en faveur des principes fondamentaux tels la défense des droits humains, l’égalité et la protection des plus vulnérables.
Son statut de grande puissance mondiale lui confère un devoir d’agir comme un rempart face aux menaces qui nous guettent à travers le temps.
Comment oublier le discours visionnaire de Dominique de Villepin, prononcé le 14 février 2003 à la tribune des Nations Unies lors de la crise irakienne ?
Un des grands défis auquel notre civilisation doit faire face aujourd’hui reste le changement climatique, le réchauffement de notre planète étant devenu une réalité qui touche tout le monde, et plus particulièrement les petits états insulaires comme Maurice.
Une fois encore, la France assume son rôle de leadership aux moyens de tous les efforts consentis par le gouvernement du Président François Hollande pour que la Conférence sur le Climat, la COP 21, soit un succès.

A ce titre, je voudrais réitérer la volonté du gouvernement mauricien à apporter tout son concours afin qu’une solution durable, pérenne et équitable soit trouvée à Paris en novembre prochain.
Mesdames et Messieurs,
Nos relations avec la France ont toujours été très proches et ne peuvent qu’être renforcées.
Aujourd’hui, alors que nous célébrons 300 ans de présence française à Maurice, je suis convaincu que notre histoire commune sera appelée à prendre un tournant qui nous rapprochera davantage, tout en restant dans l’esprit de notre longue tradition de respect mutuel, de coopération et de solidarité. Autant d’éléments qui confortent cette proximité à laquelle nous attachons la plus haute importance.
Chers amis, nos ancêtres venant des différents continents nous ont légué ce pays que nous aimons tellement. Travaillons ensemble pour léguer à notre tour aux enfants de nos enfants un pays encore plus beau et résolument ancré dans la modernité et nos traditions.
Je voudrais terminer en souhaitant longue vie aux relations exceptionnelles entre la République de Maurice et la République de France.
Je vous remercie pour votre aimable attention."

Retrouvez ci-dessous le texte du discours prononcé par Monsieur l’Ambassadeur à cette occasion.


"La date du 20 septembre 1715 que nous commémorons est symbolique. Il s’agit en effet de la prise de possession par Guillaume Dufresne d’Arsel, sur ordre du Roi de France, d’une île alors abandonnée depuis cinq ans par les hollandais. Il faudra attendre quelques années avant qu’elle se peuple.

Les ambitions initiales de la Compagnie des Indes qui gouvernait l’île étaient limitées. Il s’agissait d’en faire une escale pour les vaisseaux de commerce entre l’Inde et l’Europe. Ce sera Port Louis, après une hésitation entre Port Nord Est et Port Sud Est.
Le début du développement économique date de 1735 avec l’arrivée de Bertrand François Mahé de Labourdonnais, dont la vision et les talents de bâtisseur vont transformer radicalement l’île. Il créé le port et la ville de Port Louis pour répondre aux besoins du commerce, lance la construction navale, construit des routes pour acheminer le bois, un hôpital et des fortifications, démarre la culture de la canne à sucre. Il proposera même d’établir un port franc, projet trop audacieux pour l’époque. Il laisse une oeuvre immense et donne une ambition à l’île au sein de l’océan indien.
Ajoutons qu’avec son goût de l’ordre et de l’effort, il mit au travail une île où régnait alors l’indiscipline. Ce n’est sans doute pas la moindre des qualités que les mauriciens lui reconnaissent.

En 1764 la Compagnie des Indes rétrocède l’île au Roi de France. En dehors de l’œuvre de Labourdonnais, le bilan n’est pas considérable. Si on en croît l’historien Auguste Toussaint, il ne fait pas très bon vivre alors à Port Louis, qui est constitué de 500 maisonnettes de bois sans fenêtres, de rues non pavées et sans arbres. Il n’existait aucune vie sociale, on mangeait et on buvait mal et chacun rêvait de repartir sitôt fortune faite.

C’est alors qu’intervient un deuxième personnage considérable, Pierre Poivre, intendant à partir de 1767 et pendant cinq ans jusqu’en 1772. Cette période verra le développement de l’agriculture, l’introduction des épices et de plantes utiles, la rénovation du port et la construction de nouveaux bâtiments publics. Il ordonnera de planter des arbres et remplacera le bois par la pierre pour stopper la déforestation massive de l’île, une politique écologique avant l’heure.

Poivre et les gouverneurs successifs feront également de Maurice une île ouverte sur l’océan indien et sur le vaste monde, en accueillant de nombreux voyageurs et naturalistes : Bernardin de Saint Pierre, Bougainville, Marion Dufresne, Kerguelen, Laperouse, l’Abbé Rochon et tant d’autres contribueront à la réputation de l’île de France.

Malgré les épidémies, les ouragans, les guerres, les difficultés de gouvernance au cours de la période révolutionnaire, la crise économique sous Napoléon, l’Ile de France s’efface en 1810 en laissant une population de 89.000 habitants et une base solide sur laquelle pourra se construire l’île Maurice.

Les Français qui ont tenté l’aventure sont représentatifs de la diversité de la société française du 18ème siècle : colons venus de l’île Bourbon pour développer l’agriculture, ouvriers et artisans engagés, nobles et bourgeois attirés par les concessions et le commerce. Ce peuplement a son lot de sujets indésirables et de familles honorables, d’aventuriers et de bâtisseurs.

Il faut leur rendre hommage, car de leur voyage voire de leur exil vers cette île lointaine est née une volonté de construire une terre nouvelle, dans laquelle ils ont apporté leurs connaissances, leur esprit d’entreprise et leurs valeurs, et à laquelle leurs descendants sont profondément attachés.

Mais l’histoire de la période française n’est pas seulement celle des français, elle appartient à tous ceux qui ont été entraîné de gré ou de force dans le développement de l’île. C’est donc aussi celle des dizaines de milliers d’africains originaires du Mozambique et de Madagascar, d’Afrique de l’ouest, venus comme esclaves ; celle des indiens esclaves puis libres venus de Pondichery et d’ailleurs, des tamouls, des musulmans, des chinois de Canton. Jean-Claude de l’Estrac a décrit le premier cette grande diversité ethnique, si bien qu’à la fin de la période française, toutes les communautés étaient présentes et le métissage était déjà une réalité.

Cette histoire ne concerne donc pas seulement les descendants d’esclaves, ceux qui en furent soit les victimes, soit les bénéficiaires, mais tous les citoyens mauriciens. Il s’agit de comprendre comment, souvent de manière inconsciente, l’esclavage, son racisme, ses lois, ses représentations ont modelé les mentalités, les politiques, les pratiques afin de pouvoir aujourd’hui les déconstruire.

La France est le premier Etat et demeure le seul qui à ce jour ait déclaré la traite négrière et l’esclavage "crime contre l’humanité ». Le 10 mai, journée nationale de commémoration, est là pour inviter l’ensemble des citoyens de la République française à se pencher solennellement sur cette page douloureuse de son histoire.
Il était important que la France contribue en 2015, année du tricentenaire, aux manifestations organisées à l’occasion du 180ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage à Maurice, en faisant venir la Présidente du comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, Myriam Cottias, et en proposant la sculpture de l’artiste Lionel Sabatté pour le site mémoriel du Morne.

L’héritage de cette période française est vaste et varié, un ouvrage y sera bientôt consacré sous l’égide de l’association « amicale Ile Maurice-France ». Il s’agit d’évoquer le patrimoine et la ville de Port Louis, le droit, la littérature, l’art de vivre et la gastronomie, les médias, la botanique et l’aventure du sucre. Le souhait de Maurice de commémorer cette période dite « coloniale » est sans doute la reconnaissance de cet héritage vivant.

La langue est le principal legs de cette période car c’est un patrimoine commun aux mauriciens, dont est né le créole. L’usage du français dans les médias, à l’école, dans la vie sociale fait de Maurice un pays pleinement francophone, membre de l’Organisation Internationale de la Francophonie. Si la langue française a pu incarner une forme de résistance pendant la période anglaise, c’est désormais un canal d’expansion et de rayonnement pour Maurice. Ce legs lui permet en effet de pratiquer un bilinguisme qui est un des grands atouts du pays dans la mondialisation.
L’appartenance de Maurice à l’espace francophone joue bien sûr un rôle clé dans les relations économiques et les échanges entre nos deux pays. La France est le 2ème importateur de produits mauriciens et son 3ème exportateur, elle est régulièrement au premier rang pour les investissements directs (près de Rs 4 milliards en 2014). De nombreuses filiales et entreprises locales créées par des français sont générateurs d’emplois et d’innovation. Enfin, près de 400.000 touristes annuels de France et de La Réunion disent leur fidélité à la beauté des paysages et à l’hospitalité mauricienne.

Les liens avec la France sont aussi à l’origine d’un remarquable réseau d’écoles françaises, qui scolarisent aujourd’hui 5.000 élèves à 70 % mauriciens. Ce réseau est né de la volonté de conserver l’usage de la langue française et d’offrir une « éducation à la française », qui contribue à la diversité éducative du pays.
Notre coopération s’étend à de nombreux autres domaines – le droit et le judiciaire, la recherche et l’enseignement supérieur, la fonction publique, la santé et l’environnement, la culture et les industries culturelles, etc. dans laquelle la relation de voisinage avec l’île de La Réunion a une place très importante, y compris sur les questions sensibles de sécurité.

La France est aujourd’hui attentive à préserver ce lien si particulier, grâce notamment à l’Agence française de développement, 2ème bailleur bilatéral présent dans le financement des infrastructures et le développement durable ; grâce aussi à l’Institut français de Maurice, lieu d’échanges et de culture, de soutien aux jeunes créateurs et de diffusion de leurs œuvres.

C’est une grande chance pour Maurice d’avoir su cultiver sa relation avec les pays d’origine de sa population. Il était donc juste que le monument que nous inaugurons aujourd’hui ne célèbre pas seulement la période française mais toute l’histoire du peuplement de Maurice, une histoire encore jeune mais riche et unique qui appartient aux seuls mauriciens depuis bientôt 50 ans."

Dernière modification : 22/09/2015

Haut de page